Les grandes figures de l’Islam est un essai de Malek Chebel, anthropologue des religions et philosophe algérien (1953-2016), publié en 2016 en Algérie aux éditions Sédia. Structuré autour de sept grandes parties, l’ouvrage rassemble plus d’une quarantaine de personnalités qui ont, dans des disciplines variées, façonné les pages les plus éclatantes de la civilisation musulmane. Ce recueil nous entraîne à travers les époques et les territoires pour mieux saisir le rayonnement d’une culture qui s’est épanouie durant des siècles. A travers l’immensité du monde musulman, savoir et érudition furent encouragés et soutenus, parfois au prix de luttes et d’obstacles.
Le récit s’ouvre avec la figure fondatrice du Prophète Mohammed (QSSSL) qualifié par Malek Chebel de « première grande figure tutélaire ». Dans le chapitre Il était une fois le Prophète, il explore la construction historique de sa personnalité et le présente comme un homme atypique, pugnace et visionnaire, dont l’action transforma le cours de l’histoire : « un homme d’une force exceptionnelle » et « un révolutionnaire hors norme ».
L’auteur s’attarde ensuite sur les premiers califes « bien guidés » dans la section Les Compagnons du Prophète, rappelant le rôle déterminant de chacun, notamment la collecte des versets coraniques initiée par Umar ibn Al-Khattab et poursuive sous Uthman ibn Affan. Il n’élude pas non plus les tensions et dissensions qui marquèrent les premières années de l’Islam naissant.
Le rôle des femmes occupe une place importante, avec un éclairage particulier sur les épouses du Prophète, comme Khadidja Bint Khouwaylid et Aïcha bint Abu Bakr, mais aussi sur sa fille Fatima. A travers cette mise en lumière, Malek Chebel établit un parallèle avec le monde contemporain, où de nombreuses femmes musulmanes, héritières de ces figures emblématiques, s’affranchissent des traditions pour investir des domaines autrefois réservés aux hommes, notamment la sphère politique.
Le chapitre Héraults de l’Islam retrace le parcours des califes, sultans, vizirs et généraux qui consolidèrent l’unité d’un monde alors composé d’un foisonnement de peuples, de croyances et de territoires. Malek Chebel s’attarde sur les dynasties omeyyade et abbasside, évoquent des personnalités comme l’homme d’Etat et stratège ‘Amr ibn al-‘As, le conquérant Tariq ibn Ziyad ou encore le calife Haroun er-Rachid, ce personnage fascinant cité dans Les Mille et Une Nuits, mécène des arts et des lettres qui incarne à lui seul l’idéal du souverain musulman. L’auteur cite également Al-Ma’mûn, fondateur de la Maison de la Sagesse (Bayt al-hikma), et Salah ad-Din al-Ayyubi, acteur majeur des croisades, ou encore Soliman le magnifique, qui fit de Constantinople un phare de la civilisation ottomane. Le calife Al-Mansûr, le puissant chef militaire Tamerlan, ou encore Méhémet Ali en Egypte… sont autant de personnages historiques évoqués dans cette partie.
Les courants mystiques et théologiques, piliers de la spiritualité musulmane sont au cœur du chapitre Théologiens, mystiques et grands maîtres soufis. La mystique musulmane, bien que distincte des enseignements du Prophète, s’est largement inspirée de son modèle. L’auteur y analyse l’apport de figures comme Hassan al-Basri (un précurseur), Farid al-Din Attar, Al-Hallaj mais aussi Rabi’a al-‘Adawiyya, Jûnayd, Ibn Arabi, Rûmi, et Al-Ghazali. Ce dernier est décrit comme un personnage puissant, « situé au carrefour du rationalisme et de la gnose », ayant su établir un équilibre entre théologie, droit, mystique et philosophie. Malek Chebel souligne la quête ininterrompue de sens qui caractérise les grands mystiques, une quête qui traverse les âges et perdure encore aujourd’hui.
Dans le chapitre A l’épreuve de la vie, l’auteur met à l’honneur les philosophes et médecins, soulignant que la philosophie musulmane s’est toujours située à l’intersection du matériel et du spirituel, du profane et du sacré. Il dresse les portraits de figures importantes comme Ibn Haytham, Ibn Hazm, Al-Farabi, Al Kindi, Al Khuwarizmi, Ibn Tûfayl, Ibn Rochd et Ibn Sina. Umar Khayyam, quant à lui, est présenté sous un jour plus large que son image romantique forgée en Occident : bien plus qu’un poète épicurien, il était un astronome et mathématicien de génie.
Les grands esprits explorateurs et sociologues se trouvent au cœur de Les enchanteurs : géographes, sociologues et autres découvreurs. On y retrouve Al-Jahiz, explorateur de l’âme humaine et linguiste brillant, l’encyclopédiste Al-Biruni, l’explorateur Ibn Battouta, ou encore le sociologue Ibn Khaldoun, dont l’œuvre est considérée comme une préfiguration des sciences sociales modernes.
Enfin, l’ouvrage s’achève sur une fresque de bâtisseurs et créateurs. Cette section met en lumière des figures telles que l’architecte Sinan, les souverains Babur et Akbar, le penseur algérien Malek Bennabi, ainsi que des réalisations collectives comme le palais de l’Alhambra. L’auteur s’aventure même sur le terrain musical avec Oum Kalsoum, dont la voix magistrale a su, selon lui, établir un pont entre la musique profane et sacrée, marquant à jamais l’histoire culturelle du monde arabe.
Malgré une conclusion relativement brève au regard de la richesse des informations délivrées, « Les Grandes Figures de l’Islam » est un ouvrage qui restitue avec force et clarté l’héritage intellectuel, artistique et spirituel d’un monde dont la splendeur continue de nous fasciner.
Sara Kharfi
Une autre version de cet article (l’originale) a paru le 12 mars 2024 dans les colonnes du quotidien « El Moudjahid ». Consulter ici.
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