La pièce de théâtre « Bin Qalbin » (entre deux cœurs) a été présentée le dimanche 12 janvier à 21h à la salle de spectacles Madinat Al-Irfan Theatre, dans le cadre du 15e Festival du Théâtre Arabe à Mascate, au Sultanat d’Oman. Ce festival, qui se déroule jusqu’au 15 janvier, est un des grands événements pour les arts dramatiques dans le monde arabe. Produite par Mechireb pour la production artistique (Qatar), écrite par Taleb Al Douss et mise en scène par Mohamed Youcef Al Mala, cette œuvre fait partie des onze spectacles inscrit dans la compétition officielle du festival, et traite des thèmes des différences sociales, des injustices et des rapports de pouvoir dans une société organisée selon un système de castes.
L’histoire de « Bin Qalbin » se déroule dans un contexte où les inégalités entre les classes sociales sont dévastatrices. L’intrigue suit un homme puissant dont l’enfant gravement malade a besoin d’un cœur pour survivre. En désespoir de cause, lui et sa femme se tournent vers une autre famille, celle de paysans modestes qui vivent humblement en travaillant la terre. Dans un terrible retournement de situation, un enfant de cette famille paysanne, du même âge que celui du riche, se retrouve également dans une situation critique, entre la vie et la mort.
L’homme puissant, persuadé que tout peut être acheté, y compris la dignité humaine, décide alors de prendre le cœur de cet enfant. Sans trop savoir pourquoi, il semble être guidé par une valeur éthique puisqu’il cherche à obtenir l’autorisation du paysan qui refuse de la lui accorder. Il se lance alors dans une série de manipulations et de corruptions pour convaincre les parents de céder à ses demandes, y compris en influençant leur famille, en semant le doute sur la paternité de l’enfant. Mais face à ce chantage moral, les parents ne cèdent pas et résistent farouchement, donnant une grande leçon de courage, de dignité et de lutte contre l’oppression.
La pièce aborde la question du pouvoir et de l’abus de l’autorité, mais aussi de a solidarité humaine et de la résilience face à l’injustice. Certaines scènes offrent des moments de répit, à travers des personnages de commères qui, bien que présentes pour observer et commenter la vie du village, apportent une touche de légèreté et de satire qui contrebalance l’intensité tragique du récit.

Sur le plan de la mise en scène, « Bin Qalbin » présente des éléments classiques mais qui, parfois, manquent de créativité et d’impact. Bien que le texte de Taleb Al Douss soit riche et porteur de réflexion, la mise en scène a peiné à l’accompagner, avec une direction qui a parfois semblé trois scolaire et rigide. Le décor, bien qu’il occupe l’espace, se révèle souvent inutilement encombrant, réduisant les possibilités de circulation et d’interactions entre les comédiens, et créant des vides scéniques qui ont dégradé la fluidité du spectacle. La scénographie, parfois surchargée, n’a pas su servir l’histoire de manière efficace.
Du côté des interprétations, les comédiens ont montré des efforts, mais la performance est restée inégale. De longues tirades ont été livrées avec peu de force, et beaucoup de moments clés du texte ont été ratés, ce qui a fragilisé l’ensemble du spectacle. Toutefois, la musique a constitué un point fort, avec un orchestre en live qui a accompagné les moments dramatiques avec une grande éloquence, renforçant l’impact émotionnel de certaines scènes.

En conclusion, « Bin Qalbin » est une œuvre qui, malgré sa richesse conceptuelle et la beauté de son texte, souffre d’une mise en scène qui n’a pas su exploiter pleinement ses potentialités. Si le message porté par la pièce est d’une grande profondeur, l’exécution scénique, avec des choix décoratifs peu judicieux et un jeu d’acteur inégal, a limité son impact. Ce spectacle aurait mérité une approche plus dynamique et plus subtile de la part du metteur en scène, permettant à la puissance du texte de se déployer pleinement. L’œuvre reste cependant un témoignage sur les inégalités sociales et les luttes humaines, qui gagnerait à être améliorée, notamment dans sa présentation, pour qu’elle trouve toute sa force.
Sara Kharfi
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