« M’Quidèch » de Lazhari Labter : La fabuleuse aventure d’une revue de bande dessinée

M’Quidèch est une revue de bande dessinée, publiée entre 1969 et 1974. Au total, 31 numéros ont parus. Lazhari Labter célèbre le cinquantième anniversaire de la naissance de cette revue avec un livre intitulé M’Quidèch 1969-2019 –Une revue, une équipe, une école, paru en octobre 2019 aux éditions Barzakh. Il y revient sur une incroyable aventure humaine et artistique, qui a réuni des jeunes artistes devenus aujourd’hui de grands noms du 9ème art.

Il est difficile d’évoquer le retour de la bande dessinée algérienne sans mentionner le FIBDA (Festival international de la bande dessinée d’Alger), tant il est associé à cette manifestation qui se tient depuis 2008 au début du mois d’octobre. Cependant, si l’on parle de « retour », cela implique qu’il y a eu un parcours, une histoire, une fabuleuse aventure même, non sans embûches bien évidemment. Relativement récente (on la fait remonter à 1966, avec la publication de planches dans « Algérie Actualité » et « El Moudjahid »), Lazhari Labter note, dans son ouvrage de référence Panorama de la bande dessinée algérienne 1969-2009 (éditions Lazhari Labter, 2009), que : « Considérée comme la plus ancienne, la plus avancée et la plus connus de tous les pays arabes, musulmans et africains, la bande dessinée (Bd) algérienne est récente ».

Avec l’intérêt des lecteurs pour le genre et l’émergence d’auteurs de bande dessinée, une revue dédiée au 9ème art a été créée en 1969, à l’initiative de feu Abderrahmane Madoui, alors directeur du département Edition de la SNED (Société nationale d’édition et de diffusion), qui a réuni autour de lui une équipe de jeunes pétris de talent. Elle portera le titre de M’Quidèch, et mettra en « dessins » des héros algériens, auxquels les lecteurs pourraient s’identifier. Dans un monde plus juste, la revue aurait eu 50 ans en 2019. Mais 2019 marque, tout de même, le 50ème anniversaire de la création de cette revue, et Lazhari Labter, poète et romancier et surtout grand passionné de bande dessinée et collectionneur, a décidé de marquer cette date-anniversaire avec la publication de l’ouvrage M’Quidèch 1969-2019 –Une revue, une équipe, une école, édité par les éditions Barzakh, en octobre 2019.

« Il y a 50 ans, au mois de février 1969, près de 7 ans après l’indépendance de l’Algérie, était lancée par quelques adultes restés enfants et des adolescents qui en voulaient, comme un avion en papier, M’Quidèch, la première revue de bande dessinée algérienne. Si elle n’avait pas cessé de paraître en 1974, elle aurait eu 50 ans en cette année 2019. (…) L’histoire de la revue historique M’Quidèch, il fallait l’écrire. La célébration du 50e anniversaire de sa naissance en cette année 2019 m’a encouragé à le faire. (…) Cette belle aventure, unique en son genre dans les pays ‘arabes’, ‘arabo-musulmans’ et africains, a hélas été brisée dans son envol en 1974 (au 31e numéro) après cinq ans de parution régulière en dépit de difficultés de toutes sortes. (…) Cet ouvrage n’a la prétention d’être ni un travail d’historien ni une étude de chercheur universitaire. Il se veut avant tout œuvre de vulgarisation, de sauvegarde d’une mémoire et d’un patrimoine destiné à tous les fans de bande dessinée et d’encouragement à tous les bédéistes professionnels et amateurs, connus ou inconnus, pour qui le 9e art doit s’imposer de nouveau en Algérie comme un art majeur. » Quatrième de couverture.

L’ouvrage de Lazhari Labter, largement documenté, et dont le texte est accompagné de quelques photographies et de biographies des membres de l’équipe (et quelques entretiens aussi réalisés par l’auteur), et surtout des couvertures des 31 numéros parus, ainsi que l’intégralité du numéro 1 de cette revue, s’organise autour de 4 parties : « Un rêve, une revue », « Une équipe, une équipée », « Une école, des échos », et « Belles couvertures… Et un numéro historique complet ».

Comme le souligne l’auteur du livre, M’Quidèch a été une incroyable et fabuleuse aventure humaine et artistique, portée Abderrahmane Madoui, et par les dessinateurs Mohamed Aram dit Djade, Ahmed Haroun, Menouar Merabtene dit Slim, Mohamed Bouslah dit Mémèd, et Mohamed Mazari dit Maz (ce qui a constitué le noyau dur de l’équipe), autour desquels s’était constituée une équipe de 23 dessinateurs dont Mahfoud Aïder, Redouane Assari, feu Brahim Guerroui, feu Sid-Ali Melouah, Mustapha Tenani ou encore Slimane Zeghidour. Henrique Abranches dit Kapitia, dessinateur et scénariste portugais exilé à Alger, Lamine Merbah, cinéaste et scénariste, et Boukhalfa Amazit, journaliste (qui a signé la préface de ce livre), ont également joué un rôle important dans cette expérience.

L’auteur Lazhari Labter. Du site des éditions Barzakh.

A la publication de cette revue, « les 20 000 exemplaires en arabe et les 20 000 en français s’arrachent dans les kiosques. C’est dire l’intérêt porté par les lecteurs pour leur journal », indique l’auteur. Et de souligner : « Numéro après numéro, l’aventure intellectuelle et artistique initiée par les cinq pionniers de la bande dessinée algérienne se poursuivra, volant de succès en succès, jusqu’en 1974, année de parution du 31e et dernier numéro. » En effet, M’Quidèch cesse de paraître en 1974, avant de reprendre uniquement en langue arabe, de 1978 jusqu’à 1982, mais sans le succès de la première version.

Quant au personnage de M’Quidèch, « héros positif », il naît sous le crayon d’Ahmed Haroun, qui avait 28 ans en 1969. Il est considéré par Lazhari Labter comme « le père de M’Quidèch et maître du dessin de presse ». Le personnage, indique l’auteur, est « inspiré d’un personnage de contes populaires. [Il] apparaît pour la première fois dans ‘Le Coin des enfants du quotidien Liberté (organe central du Parti communiste algérien), dans Aventures de Quico et M’Qidech. (…) Jeune campagnard vêtu de la traditionnelle gandoura blanche et le chef couvert d’une chéchia de la même couleur, M’Quidèch allie la malice et le bon sens paysan à la force et à la témérité. Il n’hésite jamais à voler au secours de la veuve et de l’orphelin et à venir en aide à son prochain dans la difficulté quoi qu’il en coûte ». La revue compte également d’autres personnages attachants, qui ont marqué des générations, à l’exemple de Richa (créée par Kapitia), Bouzid (créé par Slim), Professeur Skolli (créé par Mémèd), Grand Babah (créé par Mustapha Tenani), H’bibou (créé par Mémèd), Fennouk (créé par Rachid Taïbi), Douieb (crée par Djade)… et tant d’autres.

Malgré les blocages administratifs, le contexte de l’époque (l’ère du parti unique), l’existence de certaines lignes rouges à ne pas franchir, et la faiblesse de certains scénarios (un problème qui subsiste jusqu’à nos jours, selon l’auteur), la revue M’Quidèch aura été « une formidable école pour tous les créateurs de BD ». Le livre de Lazhari Labter le rappelle et rend hommage à cette génération-là, qui a eu des rêves et a tenté de les réaliser, faisant, à son tour, rêver des milliers de lecteurs, comme l’auteur lui-même, qui était lycéen à Laghouat, et qui a remporté, un jour, un concours lancé par M’Quidèch.

Sara Kharfi

  • M’Quidèch 1969-2019 –Une revue, une équipe, une école de Lazhari Labter. Beau-livre, 248 pages, éditions Barzakh, Alger, octobre 2019. Prix : 1500 DA.

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